Voici un communiqué de presse de notre association membre en Turquie, Çevbir (http://www NULL.cevbir NULL.org/).
La Turquie traverse actuellement une période obscure, comparable à celles des régimes putschistes, ces taches noires qui ont maculé à plusieurs reprises son passé. La loi antiterroriste est mise en œuvre dans un esprit qui considère comme potentiellement terroriste tout mouvement d’opposition critiquant le système actuel et fait de l’expression ou de la transmission d’une opinion un délit à part entière. Dans ce cadre, des journalistes, des étudiants, des universitaires, des écrivains, des artistes, des traducteurs et des avocats sont placés en garde à vue sous prétexte d’arguments et de preuves inconséquents et juridiquement infondés, qui interpellent les consciences de toutes les franges de l’opinion publique. Mis en garde à vue de manière arbitraire, sans fondement juridique, ces citoyens sont pour ainsi dire dès le départ déclarés ‘coupables’, sans même savoir de quoi ils sont accusés, du fait du caractère ‘secret’ de leur dossier. Ils sont dans l’incapacité d’exercer leur défense, l’un des droits les plus fondamentaux, et leur détention provisoire prolongée met de fait à exécution leurs ‘peines’, avant même qu’ils puissent comparaître sur le fond du dossier.
En outre, toutes ces pratiques ne sont pas mises en œuvre dans le cadre d’un ‘état d’urgence’ fonctionnant selon des règles fascistes, mais sous un régime de ‘démocratie avancée’, gouverné par des personnes élues selon un système ‘démocratique et représentatif’. L’Etat turc revendique le rôle de ‘modèle de gouvernement démocratique au Moyen-Orient’ que lui ont attribué les États occidentaux, donne des leçons de ‘démocratie’ à ses voisins dirigés par des régimes dictatoriaux et défie les Etats occupationnistes et leurs pratiques militaristes mais, dans le même temps, sur son territoire, il fait revivre à son peuple l’obscurité du coup d’Etat du 12 septembre 1980 et de ses conséquences. En désignant sans justification des personnalités de milieux divers comme ‘terroristes’ devant l’opinion publique, c’est le gouvernement qui devient le principal générateur de terreur. Depuis des années, l’État turc a été incapable de rendre justice contre les assassins qui avaient tué le journaliste-écrivain Hrant Dink en plein jour et en pleine rue. Il n’a pas su élucider des meurtres enfouis dans les ténèbres et décrit comme ‘d’auteur inconnu’ alors que les coupables ont été ouvertement dénoncés. Au nom de la ‘lutte antiterroriste’ ce même Etat a tué à Uludere 35 citoyens, villageois pour la plupart très jeunes, mais il ne perd par un instant pour mettre en œuvre des poursuites et enquêtes judiciaires sans motifs définis, en vue de faire taire les voix d’opposition par des emprisonnements quasi collectifs.
L’extraordinaire augmentation du nombre de journalistes et d’écrivains mis en garde à vue et emprisonnés ces derniers temps, associée à la déclaration du ministre de l’Intérieur, qui a dénoncé comme des criminels potentiels tous les artistes, intellectuels, chercheurs, acteurs associatifs de la sociéte civile et citoyens avec une préférence religieuse ou sexuelle différente, créent indéniablement une atmosphère de menace qui vise à empêcher toutes les institutions et personnes actives dans le domaine des médias, de la culture, de l’art, de la société civile ou de la défense des droits d’exercer leur métier ou leurs activités.
En tant que ÇEVBİR (l’Union des traducteurs),
Nous demandons que soit mis un terme à cette chasse aux sorcières contre les artistes, les intellectuels, les défenseurs des droits de l’homme et l’ensemble de la société civile qui, en exprimant des vérités que l’on voudrait laisser dans l’ombre, créent et protégent les valeurs qui enrichissent les sociétés au cours des siècles. Nous demandons l’abolition totale des textes juridiques et pratiques qui limitent et suppriment les libertés de presse, d’opinion et d’expression. Nous rappelons une fois de plus que l’on ne peut emprisonner que les corps, pas les idées, ni les esprits. Le franc sourire de la journaliste Zeynep Kuray quand elle était conduite derrière les barreaux est pour nous la meilleure réponse à cette atmosphère de peur et d’oppression.
ÇEVBİR – l’Union des Traducteurs
İstanbul, 11 Jan. 2012
www.cevbir.org (http://www NULL.cevbir NULL.org/)
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